CONFÉRENCE ÉPISCOPALE DU CONGO


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DEVOIR DE MEMOIRE II : Il y a 140 ans, un arbre a pris racine

dimanche 2 avril 2023

L’église de Loango

Dans notre précédent numéro paru le jeudi 23 février 2023, nous avons parlé des préparatifs de ce grand moment historique de l’Eglise du Congo qu’est le 140e anniversaire de son évangélisation. Les Commissions épiscopales, sous l’égide du secrétariat général de la Conférence épiscopale du Congo (CEC), conduites par l’abbé Armand Brice Ibombo se mobilisent. Les festivités vont se dérouler du 2 au 4 juin 2023 sous le thème : «  Allez dans le monde entier, annoncez la Bonne Nouvelle à tous  » (Marc 16, 15). Le clou sera marqué par la messe pontificale, présidée par le cardinal Luis Antonio Taggle, préfet de la Congrégation pour l’évangélisation des peuples, le dimanche 4 juin 2023, à 10h à la Place mariale de la cathédrale Sacré-Cœur de Brazzaville.

Dans ce numéro, nous replongeons nos lecteurs sur le parcours historique de l’Eglise du Congo en évoquant la personnalité de Mgr Prosper Philippe Augouard, bâtisseur de la Mission de Linzolo en 1883.

En effet, lors de la célébration du centenaire de l’évangélisation du Congo, La Semaine Africaine du 28 août 1983 écrivait : « Un arbre a pris racine ». L’arbre, c’est la Mission de Linzolo qui a été plantée au milieu d’un peuple. Cet arbre a poussé de profondes racines dans le sol qui sont de diverses natures, grâce à Mgr Prosper Philippe Augouard qui a apporté l’évangélisation. Cet arbre a fleurit et a donné des fruits divers : Erection des églises, ordinations des prêtres séculiers et missionnaires y compris les professions de foi des religieuses, création des mouvements d’action catholique (mouvements d’apostolat). Comme pour dire que L’Eglise vit dans le peuple et le peuple vit dans l’Eglise. Les origines de l’évangélisation commencent dès 1870, avec les missionnaires français qui descendirent au sud du continent africain et voulurent s’implanter sur les bords de cet immense Congo, dont le volume considérable laissait facilement deviner l’importance. Un peu au Nord du Congo et près de la baie Cabinda, existait un point important où un commerce intense amenait une foule de noirs de l’intérieur. C’était Landana et le père Duparquet, bien connu des savants par ses nombreux travaux de botanique, s’y installa avec le père Marie Hyppolite Carrie où il fonda une mission qui devint florissante.

Au cours de l’année 1880, l’explorateur français Italien Pierre Savorgnan De Brazza, déjà connu par ses brillants voyages dans l’Ogooué, arrivaient à la mission de Landana. Il ne tombait pas en pays étranger et il fut reçu avec un empressement fraternel. Au cours d’un entretien, Pierre Savorgnan De Brazza raconta au père Marie Hyppolite Carrie les péripéties de son dernier voyage. Il lui annonça qu’il avait conclu un important traité avec le chef Makoko dans le Haut-Congo et il avait laissé sur les bords du Stanley-Pool un poste français sous la garde du sergent Malamine Kamara. Ne sachant pas quand et comment il pourrait retourner dans le Haut-Congo, Pierre Savorgnan De Brazza fit de vives insistances auprès du père Marie Hyppolite Carrie, en lui demandant d’envoyer des missionnaires.

Mgr Prosper Philippe Augouard, véritable missionnaire en Afrique

Né le 16 septembre 1852, à Poitiers, en France, même année avec Pierre Savorgnan De Brazza et issu d’une famille d’ouvriers artisans (père François-cher Augouard fut menuisier et sa mère Jeanne Adèle Barreau était ménagère) tous des chrétiens, le jeune Prosper Philippe Augouard sent germer en lui la vocation sacerdotale à travers ses paroles : « Que je serai heureux un jour lorsqu’étant prêtre, je pourrai veiller avec un tendre soin sur le troupeau qui sera confié à ma garde ». En 1872, alors 20 ans, il fait son entrée au séminaire de Montmorillon où il commence la philosophie et la théologie au séminaire de Sée. En 1874, il fait son entrée dans la Congrégation des pères du Saint Esprit et du Cœur Immaculée de Marie et commence son noviciat à Notre-Dame de Langonnet. Le 18 décembre 1875, il reçoit le sous-diaconat des mains de Mgr Richard, coadjuteur de Paris, puis diacre trois mois après. Le 10 juin 1876, il est ordonné prêtre dans la chapelle de la rue Lhomond en France, par Mgr Delannoy, évêque de La Réunion. Le 27 août de la même année, il fait sa profession solennelle dans la chapelle du noviciat à Chevilly.

Après son ordination, il commence son ministère comme préfet des études au petit séminaire, charge qu’il assume, malgré lui, car, il voulait aller droit en mission en Afrique. Cette vocation à la vie missionnaire lui est née de sa rencontre avec le père Cornier, supérieur de la mission du Zanzibar, lors de son passage au séminaire de Sée. Lors de la rencontre entre Pierre Savorgnan De Brazza et le père Marie Hyppolite Carrie sur les bords du Stanley-Pool, des consignes furent données pour une exploration des missionnaires au poste français sous la garde du sergent Malamine Kamara le sénégalais. C’est en 1877 âgé à cette époque-là de 25 ans que commence la vie missionnaire du père Prosper Philippe Augouard en Afrique, notamment au Gabon. En 1880 il rejoint le père Marie Hyppolite Carrie à Landana en Angola et de là, commence la véritable aventure missionnaire. Ceci, après la signature du traité avec le Roi Makoko Ilo 1er le 10 septembre et celle du 3 octobre 1880, date de la fondation de Brazzaville (Mfoa ou Nkouna), avec le représentant de Makoko, sur la rive droite du fleuve Congo qui tombait sous l’occupation de la France. Comme signe de cette occupation, un drapeau français tricolore fut planté à Nkouna, à l’actuel endroit où se trouve le Mémorial Pierre Savorgnan De Brazza. C’est au Sergent Malamine Kamara, compagnon fidèle de Pierre Savorgnan De Brazza que fut confiée la mission de garder cette concession ou ce territoire conquis. Après cet exploit, Pierre Savorgnan De Brazza continua sa marche vers la Côte en suivant la piste des caravanes.

Il débarque à Landana où il fut accueilli par les missionnaires français de la Congrégation du Saint Esprit. C’est là que s’ouvriront la voie à l’évangélisation du Congo. Pierre Savorgnan De Brazza profita de la bonne hospitalité des pères du Saint Esprit pour leur faire état de ses exploits dans le Stanley Pool en arrachant un traité avec le souverain Téké, le roi Makoko, au nom de la France. Il sollicita l’appui des missionnaires en leur demandant d’aller ouvrir une mission pour barrer la voie à Stanley Pool (boula matadi) qui fut bloqué par les rapides du fleuve Congo. La première mission d’exploration effectuée par le père Prosper Philippe Augouard, du 5 avril au 3 août 1881, soit quatre mois de marche lui permit de rencontrer le sergent Malamine Kamara avec qui, il choisit le site pour la construction de la future mission. C’est finalement lors de son second voyage effectué du 31 juillet 1883 au 15 février 1884 qu’il commence réellement sa vie missionnaire en fondant sa première mission à Linzolo, le 23 septembre 1883, après le refus des Batéké de le voir s’installer sur leur terre. La cause de ce refus c’est que Pierre Savorgnan De Brazza avant de quitter le Stanley Pool avait donné aux tékés une consigne : De ne pas recevoir tout blanc ne portant pas sur son casque une plume blanche.

C’est cette cause qui poussa le père Prosper Philippe Augouard à s’installer à Linzolo plutôt qu’à Mfoa où il avait même déjà choisi son site pour la construction de la mission. Il fallait attendre l’année 1887, pour que la mission de Brazzaville soit fondée, grâce à la collaboration entre Dechavanne et le père Marie Hyppolite Carrie. A 38 ans, après avoir fondé les missions de Linzolo, Brazzaville et Liranga, le père Prosper Philippe Augouard est nommé vicaire apostolique de l’Oubangui et du Haut-Congo, après la division du vicariat apostolique du Congo français, ministère qu’il assume de 1890 à 1921. Prêtre explorateur, administrateur, bâtisseur, politicien avisé et intransigeant, Mgr Prosper Philippe Augouard a laissé en quarante ans de présence en Afrique, une empreinte qui fait partie intégrante de sa vie missionnaire. Il décède le 3 octobre 1921 et enterré le 5 octobre de la même année à Chevilly, la rue à Paris, en France, après 40 ans de vie missionnaire au Congo (1881-1921).

 

Pascal BIOZI KIMINOU

 

 


 
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