CONFÉRENCE ÉPISCOPALE DU CONGO


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« ALLEZ, VOUS AUSSI, À MA VIGNE » (MT 20,4) : MAI 2011

jeudi 22 mars 2012

PAROLES D’ÉVÊQUE N° 33
39ÈME ASSEMBLÉE PLÉNIÈRE DE LA CEC
DU LUNDI 16 AU DIMANCHE 22 MAI 2011

 

MESSAGE DES ÉVÊQUES
À L’ISSUE DE LA 39éme ASSEMBLÉE PLÉNIÈRE
DE LA CONFÉRENCE ÉPISCOPALE DU CONGO

Chers Filles et Fils de l’Église-Famille de Dieu au Congo
Et vous tous, hommes et femmes de bonne volonté !

1. Pour la deuxième année consécutive, nous venons de consacrer notre Assemblée Plénière, tenue à Brazzaville du 16 au 22 mai 2011, à une réflexion approfondie sur la Mission des Fidèles Laïcs. Quant à nous, vos Évêques et Pasteurs, envoyés comme vous par le Seigneur dans sa vigne - « Allez, vous aussi, à ma vigne » (Mt 20,4) - nous sommes heureux de vous adresser ce Message de paix et de joie, avec l’assurance de notre prière et de notre bénédiction.

2. L’an dernier, nous avons réfléchi sur la vocation et la mission des Laïcs dans l’Église au Congo. Nous avons alors lancé deux Années du Laïcat (2010-2012), après avoir développé les thèmes fondamentaux qui structurent notre être et notre agir chrétiens, selon le message de sa Sainteté le Pape Benoît XVI au Conseil Pontifical des Laïcs, le 15 novembre 2008 : la « dignité de baptisés, la vocation à la sainteté, l’appartenance à la communion ecclésiale, la participation à l’édification de la communauté chrétienne et à la mission de l’Église ».

3. En poursuivant cette réflexion, sur le thème complémentaire vocation et mission des laïcs dans la société congolaise, au cours de cette deuxième année, nous entendons approfondir, avec vous, la mission du laïc dans le monde, clairement évoquée par le Pape dans le même Message : « le témoignage dans tous les milieux sociaux et l’engagement au service de la personne, en vue de la croissance intégrale et pour le bien commun de la société ».

Identité du Fidèle Laïc du Christ

4. Vous êtes les Fidèles Laïcs du Christ. Et, à ce titre, vous avez une vocation et une mission qui découlent de votre identité chrétienne. Selon l’enseignement du Concile Vatican II, cette identité est caractérisée par des éléments fondamentaux qu’il convient de rappeler :

- Vous devenez fidèles laïcs par Je Baptême, « au nom du Père, et du Fils et du Saint-Esprit ». Votre identité prend sa source dans les sacrements d’initiation. Elle suppose, pour être vécue pleinement que vous ayez la foi comprise comme rencontre personnelle avec le Christ et engageant toute votre existence.

- Votre identité chrétienne naît et se vit au sein d’une communauté ecclésiale. La référence à l’Église comme mystère de communion missionnaire est incontournable.

- Il s’agit d’une identité qui est marquée parce qu’on appelle, le « caractère séculier ». Cela signifie que l’être chrétien mûrit et grandit au cœur du monde, dans les conditions ordinaires de la vie.

- En elle, est profondément inscrit le « signe de contradiction » (cf. Le 2, 34), c’est-à-dire que le chrétien va souvent à contre-courant, en dénonçant le mal pour faire triompher le bien.

Votre vie chrétienne suppose des choix cohérents dans la foi, l’espérance et l’amour en chaque situation et moment de la vie, ayant la sainteté pour horizon : votre consécration baptismale implique la vocation à la sainteté.

5. Ensuite : « La vocation propre des laïcs consiste à chercher le règne de Dieu précisément à travers la gérance des choses temporelles qu’ils ordonnent selon Dieu. Us vivent au milieu du siècle, c’est-à-dire engagés dans tous les divers devoirs et travaux du monde, dans les conditions ordinaires de la vie familiale et sociale dont leur existence est comme tissée » (LG n° 31).

Mission du Fidèle Laïc du Christ

6. Pour ce qui concerne votre mission dans la société, le Concile Vatican II nous a donné des orientations précises : « les fidèles sont appelés par Dieu, pour que, en exerçant leur fonction propre, conduits par l’esprit évangélique, ils contribuent comme du dedans, à la manière d’un ferment, à la sanctification du monde, et qu’ainsi, d’abord par le témoignage de leur vie, rayonnant de foi, d’espérance et de charité, ils rendent le Christ visible pour les autres » (Lumen Gentium, n° 31). Vous êtes ce ferment.

Champs d’Apostolat dans la Société

7. Le Décret du Concile Vatican II « Apostolicam Actuositatem », sur l’Apostolat des Laïcs, définit bien vos divers champs d’apostolat dans la société, en ces termes : « Les laïcs exercent leur apostolat multiforme tant dans l’Église que dans le monde. Dans l’un et l’autre cas, leur sont ouverts divers champs d’action apostolique. Nous nous proposons de rappeler ici les principaux d’entre eux : les communautés ecclésiales, la famille, les jeunes, les milieux sociaux, les secteurs nationaux et internationaux » (n° 9). Nous vous exhortons cette fois-ci, à plus d’engagement dans le cadre de vos responsabilités spécifiques au plan professionnel, social, économique, culturel et politique.

8. Déjà l’Assemblée Plénière, tenue à Dolisie, du 14 au 20 avril 1986, sur l’Apostolat des Laïcs, faisait ce constat : « Très tôt, dans notre Église, les laïcs ont compris qu’ils étaient membres du Peuple de Dieu, à part entière, avec un rôle propre à jouer : témoignage de vie chrétienne authentique, accomplissement exemplaire du devoir d’État, apostolat de la parole, service caritatif, prière individuelle et collective » (Parole d’Évêques n° 2).

9. On comprend donc que tous les fidèles laïcs, vu leur vocation et mission dans la société doivent savoir donner un témoignage de vie authentiquement chrétienne en famille, au travail, dans leur engagement social, culturel et politique. Guidé par les principes de la doctrine sociale de l’Église et animé par un esprit de solidarité, le fidèle laïc doit se situer en première ligne pour l’édification d’un monde plus juste et plus humain.

Regard sur notre Société

10. Notre société souffre de nombreux maux : au niveau de l’éducation, on constate malheureusement des phénomènes de corruption, dans lesquels sont impliqués beaucoup d’enseignants et de nombreux parents d’élèves qui négocient avec de l’argent les diplômes ou le passage des enfants en classe supérieure. Au niveau du secteur prioritaire de la santé, beaucoup de nos compatriotes meurent faute de prise en charge, de soins adéquats ou d’argent tout simplement. Le personnel de santé se fait parfois prier pour le motiver.

11. Quant à la famille, le constat est encore plus inquiétant : relation difficile entre parents et enfants, démission des parents face à l’éducation des enfants, d’où le phénomène des « enfants de la rue » et des « enfants sorciers ». On observe aussi la recrudescence du phénomène de la sorcellerie qui divise les familles et provoque des divorces. La dot souvent très élevée, le manque de moyens financiers, les difficultés liées à l’habitat, la précarité du travail et le chômage empêchent très souvent nos jeunes de se marier. Notre société en prend un coup, puisque la famille est la cellule de base de la société.

Au niveau politique, le manque du sens du bien commun est source de conflit social et constitue une menace pour la paix sociale et l’unité nationale. Au niveau socio-économique, la mauvaise gestion des ressources entraine une pauvreté grandissante.

12. Concernant l’environnement, il constitue un problème fondamental en raison de la pollution qui cause la dégradation et l’appauvrissement des sols, provoque des phénomènes de réchauffement de la terre, des inondations, des érosions et entraîne toutes sortes de maladies infectieuses.

Concrètement, à cela s’ajoute la pollution causée par la saleté chez soi-même et sur les places publiques : ces sachets et ces poubelles qui traînent partout doivent interpeller notre conscience de fidèle laïc du Christ et nous pousser résolument à agir en conséquence. Dans ces domaines aussi vastes que ceux évoqués, les pistes d’action sont nombreuses et diversifiées et nécessitent votre témoignage chrétien.

« Que ton Règne vienne » : convictions et orientations.

13. Nous, Évêques et Ordinaires du Congo, sommes convaincus qu’un large travail éducatif de l’ensemble du corps social, une œuvre intense de catéchèse au sein de l’Église et une « nouvelle évangélisation » sont nécessaires pour que tous les fidèles laïcs du Christ grandissent et que se manifestent, dans les milieux de la vie, leur présence originale, leur humanité nouvelle, leur sensibilité face à la réalité sociale, et leur mission dans le monde de ce temps.

14. Le Seigneur dit à chacun d’entre vous : « Allez, vous aussi, travailler dans ma vigne » (Mt 20,4). « La vigne, c’est le monde entier qui doit être transformé selon le dessein de Dieu, en vue de l’avènement définitif du Royaume de Dieu » (Christifideles laïd, 1). C’est pourquoi nous disons à Dieu : « Que ton Règne vienne ».

La vigne ici, c’est notre société congolaise dont la paix et le développement dépendent du travail bien fait, du civisme, de la conscience professionnelle, du sens de la responsabilité et, surtout, du témoignage de foi, d’espérance, d’amour du prochain et du pays.

15. « Allez, vous aussi, travailler dans ma vigne » (Mt 20,4). Cet appel du Seigneur Jésus ne cesse de se faire entendre. Il s’adresse à vous dans notre société congolaise.

Notre conviction est que si chacun de vous réalisait bien que cet appel s’adresse très particulièrement à lui, et qu’il le recevait avec joie et de tout cœur, notre société congolaise changerait et ferait un grand saut de qualité. Cet appel est avant tout une invitation à la conversion.

16. Alors chacun se demande certainement : « Que devons-nous donc faire ? ». La réponse est évangélique. Nous invitons chacun de vous à méditer ce texte de l’Évangile (Luc 3,10-14), pour sa propre conversion et pour son témoignage dans la société congolaise :

- « Les gens demandaient à Jean-Baptiste : “Que devons-nous donc faire ?” Il leur répondit : “Celui qui a deux chemises doit en donner une à celui qui n ’en a pas et celui qui a de quoi manger doit partager » (Le 3,10).

- « Des collecteurs d’impôts vinrent aussi pour être baptisés et demandèrent à Jean : “Maître, que devons-nous donc faire ?” Il leur répondit : “Ne faites pas payer plus que ce qui vous a été indiqué” » (Le 3,12-13).

- « Des soldats lui demandèrent également : “Et nous, que devons-nous faire ?” Il leur répondit : “Ne prenez d’argent à personne par la force ou en portant de fausses accusations, mais contentez-vous de votre solde” » (Le 3,14).

17. Ces questions et réponses insistent d’abord sur l’élément positif et humain du message : le travail a de la valeur et concourt au bien-être de notre société congolaise, mais pour cela il faut se convertir en pratiquant la justice et la charité.

18. « Que devons-nous faire ? » Vous avez vocation, en Église et comme membre de la société civile, à lutter dans toutes les catégories sociales de notre pays contre les antivaleurs. Cela rejoint les préoccupations du Chef de l’État dans son discours d’investiture en 2009 : « en dépit de nos efforts multiformes, notre pays n’est pas encore, hélas, exempt de corruption, de concussion, de fraude, de détournement de deniers publics et d’autres actes tout autant répréhensibles que néfastes à l’accomplissement du bonheur collectif ».

Appel à l’engagement de tous

19. Nous, Évêques et Ordinaires du Congo, au nom de notre mission prophétique, invitons d’abord les pouvoirs publics, ensuite l’opinion nationale et internationale, la société civile, enfin les hommes et les femmes de bonne volonté à un engagement concret pour le bien-être social. Notre Bienheureux Pape Jean-Paul II l’a dit dans son message pour la Journée Mondiale de la Paix durant l’Année du Grand Jubilé de l’An 2000 : « Au début du nouveau millénaire, la pauvreté de milliards d’hommes et de femmes est la question qui, plus que toute autre, interpelle notre conscience humaine et chrétienne ».

20. Nous vous exhortons à plus de civisme, de conscience professionnelle, d’organisation et de solidarité. Soyons capables de nous mobiliser selon nos compétences et nos charismes sur cette lancinante question du bien-être social. Nous sommes tous invités, chacun selon ses capacités, à changer nos modes de vie et à nous engager résolument dans la lutte contre la pauvreté, à abolir toute forme d’asservissement et d’abandon de quelques catégories sociales.

Nous pensons ici, particulièrement à nos frères et sœurs des peuples autochtones, encore marginalisés et exploités, aux « enfants de la rue », aux veuves, aux orphelins, aux immigrés et déplacés, aux handicapés, aux personnes âgées et à toutes les personnes qui peinent à vivre.

21. Le fidèle laïc doit s’intéresser à la doctrine sociale de l’Église qui « est une partie essentielle du message chrétien » (Centesimus annus, n° 5), dont il a à se nourrir chaque jour, pour bien vivre sa vocation et pour bien remplir sa mission dans le monde. À une époque comme la nôtre, caractérisée par la mondialisation de la question sociale, l’Église nous invite à reconnaître et à affirmer la place centrale de la personne humaine dans tous les milieux et tous les événements de notre vie sociale, sans quoi, notre société se bâtit sur du sable (cf. Mt 7,26).

Prière


22.
« Tu as voulu, Seigneur, que la puissance de l’Évangile travaille le monde à la manière d’un ferment. Veille sur tous ceux et celles qui ont à répondre à leur vocation chrétienne au milieu des occupations de ce monde ; qu’ils cherchent toujours l’Esprit du Christ, pour qu’en accomplissant leurs tâches d’hommes et de femmes dans la société, Ils travaillent à l’avènement de ton Règne » (Oraison du bréviaire, aux laudes du mercredi de la deuxième semaine).

Fait à Brazzaville, le 22 mai 2011

 

1. Mgr. Louis PORTELLA-MBUYU, Évêque de Kinkala, Président de la CEC ;
2. Mgr. Anatole MILANDOU Archevêque de Brazzaville ;
3. Mgr. Daniel MIZONZO, Évêque de Nkayi ;
4. Mgr. Yves Marie MONOT, Évêque de Ouesso ;
5. Mgr. Jean GARDIN, Évêque d’Impfondo ;
6. Mgr. Victor ABAGNA MOSSA, Évêque d’Owando ;
7. Père Miguel Angel OLAVERRI, Administrateur Apostolique de Pointe-Noire

 

 

 


 
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