CONFÉRENCE ÉPISCOPALE DU CONGO


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CATHOLIQUES DU CONGO, LE SEIGNEUR VOUS APPELLE À APPROFONDIR VOTRE FOI !

mercredi 21 mars 2012

PAROLES D’ÉVÊQUE N° 26

APPEL PROPHÉTIQUE DU CARDINAL IVAN DIAS, PRÉFET DE LA CONGRÉGATION POUR L’ÉVANGÉLISATION DES PEUPLES.

« CATHOLIQUES DU CONGO, LE SEIGNEUR VOUS APPELLE À APPROFONDIR VOTRE FOI » !

  • Excellence Monsieur le Premier Ministre, représentant personnel du Chef de l’État ;
  • Excellence Monseigneur le Nonce Apostolique ;
  • Excellences NNSS les Archevêques et Évêques ;
  • Excellences Mesdames et Messieurs les Ministres, membres du Gouvernement ;
  • Excellences Mesdames et Messieurs les Ambassadeurs et Chefs de missions diplomatiques et consulaires ;
  • Distinguées Autorités politiques, civiles et militaires ;
  • Chers Prêtres, Religieux et Religieuses ;
  • Chers frères et sœurs dans le Christ,

M’boté !

1. L’Église Catholique qui est Congo fête, avec joie, les 125 ans de son Évangélisation. En cette heureuse occasion, en tant que Préfet du dicastère romain chargé de l’Évangélisation des Peuples, je me réjouis d’être parmi vous pour célébrer, ensemble, ce grand événement ecclésial.

2. Je vous apporte les salutations bienveillantes de Sa Sainteté le Pape Benoît XVI, qui m’a prié de vous exprimer sa proximité spirituelle et sa sollicitude pastorale, et de vous assurer de ses ferventes prières pour une paix durable et pour le développement harmonieux de votre cher pays. Il envoie ses salutations, tout d’abord, à son Excellence Monsieur le Président de la République du Congo et à son Gouvernement et forme ses meilleurs vœux de paix et de prospérité à tout le cher peuple congolais. Il salue également, les membres de toutes les confessions chrétiennes présentes au Congo, ainsi que la communauté islamique qui, en ces jours, célèbre le Ramadan, et ceux qui suivent les religions traditionnelles.

3. Le Saint-Père m’a chargé, aussi, de vous donner sa Bénédiction Apostolique, ce que je ferai à la fin de cette messe, avec tous les Évêques ici présents.

4. Pour ma part, je voudrais exprimer ma profonde gratitude à la Conférence Épiscopale du Congo de m’avoir invité à présider cette célébration jubilaire de l’Évangélisation de ce pays.

Je remercie, de tout cœur, son Excellence Mgr. Anatole MILANDOU, Archevêque de Brazzaville, pour les aimables et fraternelles paroles qu’il a bien voulu m’adresser au début de cette Eucharistie. Je salue fraternellement, les Évêques ici présents. En réitérant mes vives félicitations à leurs Excellences Messeigneurs Anatole MILANDOU et Hervé ITOUA, pour leur Jubilé d’Argent Épiscopal célébré tout récemment, ma prière et ma compassion se tournent vers son Excellence Mgr. Ernest KOMBO, Évêque d’Owando, douloureusement éprouvé dans sa santé.

5. Ma sincère et respectueuse salutation va également, à tous les officiels de l’État : aux autorités tant politiques, civiles que militaires qui, par leur présence, honorent cette cérémonie liturgique. Je salue, cordialement, enfin les prêtres, les religieux, les religieuses et les laïcs venus de tous les Diocèses, pour participer à cette solennelle action de grâce à Dieu.

Chers frères et sœurs,

6. Nous connaissons bien les origines du mandat missionnaire de l’Église. Ayant achevé sa propre mission terrestre pour le salut du monde, notre Seigneur, Jésus Christ, au moment de quitter ses disciples, les envoya à son tour en disant : « comme le Père m’a envoyé, moi aussi je vous envoie.... Allez donc dans le monde entier et prêchez L’Évangile ; faites des disciples en toutes les nations, les baptisant au nom du Père, du Fils et du Saint-Esprit ; et enseignez-leur à observer tout ce que je vous ai prescrit. Et voici, je suis avec vous, tous les jours, jusqu’à la fin des temps » (cf. Jn 20,21 ; Mt 28, 18-20).

7. C’est ce mandat missionnaire qui a mis en route les disciples du Vénérable Père François Libermann (les pères spiritains) et de la Vénérable Mère Anne-Marie JAVOUHEY (les Sœurs de Saint-Joseph de Cluny). A ces pionniers de la nouvelle ère des Missions Catholiques au Congo, se sont joints, au fil des années, tant d’autres missionnaires, tous mus par le même Esprit et poussés par la même ardeur évangélique.

Comme Abraham, ils ont quitté leur pays, leur famille et, bravant les dangers des fleuves, des savanes et des forêts, ils sont arrivés et ont vécu ici, complètement donnés au peuple congolais, assimilés à lui et même consommés par le zèle apostolique, pour faire grandir le Royaume de Dieu sur cette terre congolaise.

Leur prédication de l’Évangile n’a pas été faite par de simples paroles ou pour des motivations humaines : vous savez bien ce qu’ils ont été parmi vous, pour votre bien-être spirituel et votre développement humain et social (cf. 1 Th. 1 5). A ces Ouvriers de l’Évangile vont nos sincères hommages et notre profonde gratitude, pour leur courage héroïque et leur dévouement missionnaire.

En les rappelant avec reconnaissance et affection pendant cette Eucharistie, prions ensemble, afin que le Seigneur, le Maître de la moisson, leur donner l’éternelle récompense qu’il réserve à ses serviteurs dévoués et fidèles.

8. J’aimerais rappeler, ici, de manière toute particulière, la figure remarquable de Son Éminence le Cardinal Émile BIYAENDA, Archevêque de Brazzaville. Le témoignage de sa vie, toute donnée à la cause de l’Évangélisation et terminée par le sacrifice suprême de sa mort doit inspirer l’Église congolaise dans ce troisième Millénaire. Prions, afin que du Ciel, il intercède pour nous et nous accompagne.

Cher frères et sœurs,

9. Depuis le 28 août 1983, l’Église du Congo est entrée dans son deuxième Centenaire. Ce jour mémorable où clôturait le premier Centenaire de l’Évangélisation du Congo, son Excellence Mgr. Georges-Firmin SINGHA d’heureuse mémoire, alors Évêque d’Owando et Président de la Conférence Épiscopale, disait : « Le chrétien du deuxième Centenaire doit marquer un pas dans sa foi, son courage et son engagement de plus en plus lucide. Il portera, de façon plus engagée. Les soucis, les préoccupations pastorales et matérielles de l’Église du Congo ». Et il ajoutait : « tout bon chrétien doit donner un exemple par sa foi, une foi qui naît du donné immuable de la Révélation, une foi courageuse et clairvoyante ».

10. En cette heureuse circonstance jubilaire, nous pouvons bien nous demander : Église du Congo, et nous fils et filles de cette Église, qu’avons-nous fait de ce message, un quart de siècle après ? En effet, la célébration de cet Anniversaire nous offre, une fois de plus, l’occasion d’évaluer, nous-mêmes, la profondeur de notre foi et la qualité de notre témoignage chrétien, ainsi que le degré de maturité de l’Église qui est au Congo.

11. En effet, c’est avec joie et satisfaction que nous constatons que l’Église en Afrique, et en particulier au Congo, est toujours vive, dynamique, engagée et en croissance continue, comme en témoignent l’augmentation constante du nombre des Ouvriers Apostoliques autochtones, l’avancée du processus d’inculturation, la floraison des vocations à la vie sacerdotale et religieuse, la mise en place des structures pastorales et l’organisation des Diocèses, l’engagement important de tant de laïcs, surtout des catéchistes, dans le champ de l’Évangélisation.

On doit, cependant, reconnaître, avec honnêteté et humilité, que nous devons encore beaucoup travailler, afin que la foi de nos chrétiens soit plus solide et plus limpide et que leur témoignage soit encore plus approfondi et plus fidèle à Jésus Christ. C’est exactement en cela que se propose, concrètement aujourd’hui, le défi de la mission évangélisatrice de l’Église qui est au Congo.

12. Permettez-moi d’insister sur deux aspects très urgents et importants de ce défi. Le premier concerne « l’inculturation de la foi », qui a une double dimension : inculturer l’Évangile et évangéliser les cultures. Si, d’une part, partout dans le monde missionnaire, on est heureux de voir comment l’Évangile a été bien inculturé dans l’art, la musique, la danse et la liturgie, on constate, d’autre part, combien c’est beaucoup plus difficile d’évangéliser les cultures, c’est-à-dire, d’accueillir Dieu dans les profondeurs les plus intimes de notre cœur et de faire pénétrer les valeurs évangéliques dans la mentalité et les mœurs des fidèles, les transformant de païennes en chrétiennes.

Je pense, par exemple, au commandement du Seigneur d’aimer nos ennemis, de chercher le Royaume de Dieu avant toute chose, sans aucune avidité, polir les richesses matérielles, la popularité facile et bon marché, les préférences ethniques ou l’ambition d’arriver au pouvoir ou de le conserver à tout prix et à n’importe quelle compromission. Oui, l’Évangélisation des cultures et l’inculturation de l’Évangile sont très étroitement liées, comme l’âme au corps. Comme le corps meurt s’il lui manque l’âme, l’inculturation purement extérieur de l’Évangile sera vide si la culture même n’a pas été évangélisée.

13. Grand est donc le défi de l’Église qui est au Congo, pour promouvoir une inculturation complète, authentique et profonde de l’Évangile, dans la vie concrète de ses chrétiens et assurer la qualité humaine et morale de ses prêtres, religieux, religieuses et fidèles. Sachez que dans le champ de la vigne du Seigneur, la qualité et la sainteté des Ouvriers sont plus importantes que leur quantité. Ce défi est étroitement lié à un autre : il est notamment en lien avec la dimension missionnaire de l’Église-Famille de Dieu qui est au Congo.

En effet, l’Église est appelée à donner volontiers aux autres, en commençant par les populations locales elles-mêmes ce qu’elle a reçu gratuitement et en abondance, à travers les Ouvriers que le Seigneur a envoyé dans sa vigne, pendant les cent vingt-cinq ans qui viennent de s’écouler.

14. En cette Année Jubilaire, dédiée à Saint Paul, à l’occasion du Bimillénaire de sa naissance, prions afin que le Seigneur envoie beaucoup d’Ouvriers Apostoliques dans sa vigne qui est au Congo. Et que, par la grâce de Dieu, ils aient la foi de Pierre et le cœur de Paul. C’est ce que demandaient les pèlerins chrétiens des premiers siècles, lorsqu’ils allaient à Rome, pour vénérer les tombes des Saints Apôtres Pierre et Paul. Ce sont là, en effet, les deux sentiments qui doivent distinguer les vrais missionnaires de l’Évangile, même aujourd’hui.

15. Lors de la dernière Visite Ad Limina Apostolorum des Évêques congolais, le Saint-Père, le Pape Benoît XVI, leur a fait noter l’urgence de développer un vrai dynamisme missionnaire dans les Églises diocésaines. « L’Église, disait-il, ne peut pas se dérouler à cette mission primordiale, qui l’invite à une exigence fondamentale de cohérence et d’harmonisation entre foi et normes ethniques, entre pratiques religieuses et mœurs ». « Pour évangéliser en profondeur, poursuivait le Pape, Hfaut devenir des témoins toujours fidèles et plus crédibles du Christ ».

16. Oui, le monde, aujourd’hui, a besoin de témoins crédibles. Le Pape Paul VI l’exprimait en ces termes : « Pour l’Église, le témoignage d’une vie authentiquement chrétienne... est le premier moyen d’Évangélisation. L’homme contemporain écoute plus volontiers les témoins que les maîtres, ou s’il écoute les maîtres, c’est parce qu’ils sont des témoins » (Evangelii nuntiandi 41).

Chers frères et sœurs,

17. L’Église qui est au Congo est appelée à affirmer toujours davantage que ses fidèles sont des citoyens authentiquement congolais et authentiquement chrétiens, qui savent bien rendre à Dieu ce qui est à Dieu et à César ce qui est à César. C’est une responsabilité qui incombe à toute l’Église du Congo, et pas aux seuls Pasteurs.

Chacun de vous, selon sa vocation propre, est donc appelé à rendre témoignage au Christ, en étant la lumière du monde, le sel de la terre et levain dans la pâte de votre milieu culturel (cf. Mt. 5, 13-14). Il faut éclairer les ténèbres de votre société : ténèbres de la corruption, des unions libres, de la drogue, du vol, de la sorcellerie. Il faut pénétrer et imprégner les belles réalités de votre culture avec la saveur de l’Évangile.

18. Catholique du Congo, le Seigneur vous appelle à approfondir votre foi, à renouveler votre vie de prière et à grandir en sainteté, de manière à intensifier et à rendre plus fécond votre engagement dans la vie publique, soit diocésaine soit nationale.

19. Dans son encyclique Spe salvi, notre Saint-Père le Pape Benoît XVI nous invite à témoigner, par notre vie, que « les chrétiens appartiennent à une nouvelle société, vers laquelle ils sont en chemin et que, dans leur pèlerinage, est anticipée » (n. 4). Vous répandrez ainsi le bon parfum de Jésus-Christ dans vos familles, dans vos milieux professionnels et dans toute la Nation congolaise.

Et le parfum de Jésus Christ, c’est l’amour, qui s’exprime en vivant l’unité de notre foi chrétienne dans la diversité de vos ethnies, en allant aux secours des pauvres et des marginalisés, en travaillant pour la réconciliation de la société nationale, à tous les niveaux. Car l’amour de Dieu et du prochain est le signe distinctif du chrétien, reconnu par tous et partout, même par ceux qui ne connaissent pas notre Seigneur Jésus-Christ.

20. Rappelons les mots du Saint-Père aux Évêques du Congo : « J’appelle, donc, et toute la population du pays à ouvrir les chemins de réconciliation, afin que les différences ethniques et sociales, vécue dans le respect et dans l’amour mutuels, deviennent une richesse commune et non un motif de division ».

Les païens d’autrefois, en voyant comment les chrétiens vivaient entre eux, partageant leurs joies et tribulations, disaient avec admiration : « Voici comment Ils s’aiment ». Plaise à Dieu qu’on puisse dire de même de vous, chers chrétiens catholiques du Congo !

21. Frères et sœurs bien-aimés, laissez-vous, donc, conduire et guider par l’esprit du Christ qui, réitérant les consignes faites à l’Église naissante, le jour de la première Pentecôte, vous invite à prendre le chemin de la mission et de la sainteté. Car, l’exigence de la mission et de la sainteté, inhérente à l’Église, est aussi sa raison d’être.

À la suite du Serviteur de Dieu, le Pape Jean-Paul II, je vous exhorte à « prendre le large » (Duc in altum) et à porter l’Évangile aux autres, par le témoignage de sainteté de votre vie, afin que tous ceux qui vous ont apporté le don de la foi tout au long de ces cent vingt-cinq ans, et qui vous accompagnent toujours et intercèdent pour vous près du trône du Dieu Tout-puissant, puissent se réjouir et être fiers de vous, en attendant de vous accueillir joyeusement un jour au Ciel.

22. En terminant, au nom de Sa Sainteté le Pape Benoît XVI, je félicite très chaleureusement l’Église qui est au Congo en cette heureuse circonstance jubilaire, et je prie la Vierge Marie, Mère de Dieu et Reine du peuple congolais, de bien vouloir l’accompagner sur les chemins de la sainteté et de l’amour, de la justice et de la paix, comme vrais disciples de Jésus Christ, son Fils et notre Seigneur. Amen !

 

 


 
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