CONFÉRENCE ÉPISCOPALE DU CONGO


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LE CHRÉTIEN DANS LA SOCIÉTÉ

mardi 22 octobre 2019

MESSAGE DES ÉVÊQUES DU CONGO A L’ISSUE DE LA 48ème ASSEMBLÉE PLÉNIÈRE DE LA CONFÉRENCE ÉPISCOPALE DU CONGO

« Vous êtes le sel de la terre, vous êtes la lumière du monde »
(Mt 5, 13-14)

Brazzaville, du 07 au 13 Octobre 2019, CIO

Préambule

Filles et fils bien-aimés, hommes et femmes de bonne volonté, «  paix et joie dans le Christ  » !

1. Nous, Évêques du Congo, vos Pasteurs, réunis du 7 au 13 octobre 2019 au Centre Inter-diocésain des Œuvres (CIO), pour notre Assemblée plénière annuelle sur le thème : «  Le chrétien dans la société  », à la lumière de la Parole de Dieu : « Vous êtes le sel de la terre, vous êtes la lumière du monde » (Mt 5, 13-14) vous adressons, au terme de notre, assemblée, à vous toutes et tous, filles et fils bien-aimés, ce message de paix et d’espérance pour vous affermir dans la foi et vous inviter à être des témoins authentiques de l’Évangile dans notre société congolaise.

I- ANALYSE DE LA SITUATION ET CHOIX DU THÈME

2. Le monde aujourd’hui est confronté à une crise qui n’est pas seulement matérielle et financière, mais plus encore culturelle et spirituelle, car elle affecte tous les niveaux de la société. Le Congo, notre pays n’en est pas exempté. Bien au contraire. La situation socio-politique et économique du pays ne cesse de se dégrader au fil du temps, à cause de la corruption morale et spirituelle de ses citoyens. En 59 ans d’indépendance, notre pays, malgré quelques réalisations notoires, recule inexorablement, avec des conséquences graves.

3. Sur le plan sanitaire, les hôpitaux et centres de santés ont mal équipés ou pas du tout, manquant même de produits de première nécessité, le personnel soignant déficient. Le nombre de plus en plus élevé des décès en témoigne.

4. Dans le domaine de l’éducation, le niveau continue de baisser, malgré les efforts de ces dernières années qui ont réduit notamment l’ampleur de la fraude. Cependant, le nombre insuffisant d’enseignants et de tables-bancs, les salles pléthoriques, l’achat des notes et des passages en classe supérieure, le trafic d’influence lors des examens et concours continuent d’hypothéquer l’avenir de nombreux jeunes.

5. Sur le plan social, l’immoralité a pris le dessus sur les valeurs qui caractérisaient jadis les Congolais, qui s’adonnent aujourd’hui à des pratiques plus qu’étonnantes : non-respect des morts et des personnes âgées, accusations de sorcellerie, reniement de la famille, cupidité, engouement pour l’enrichissement illicite, le gain facile, recours éhonté à la corruption et au vol, égoïsme et individualisme, etc.

6. Dans le même temps, nous constatons que les chrétiens et les croyants sont de plus en plus nombreux et que beaucoup d’entre eux occupent de hautes fonctions dans l’État, l’administration ou le privé.

But du Message

7. Conscients de notre mission d’enseigner, de sanctifier et de guider le peuple de Dieu qui nous est confié et soucieux du bien de notre chère nation congolaise, nous, vos Évêques, avons choisi de focaliser notre assemblée plénière de ce début d’année pastorale sur la mission du chrétien dans la société.

Nos Messages antérieurs

8. Filles et fils bien-aimés, ce n’est pas la première fois que nous abordons cette question. Déjà dans le passé, nous n’avons jamais cessé d’appeler les chrétiens au témoignage de vie à travers des actes concrets dans la société et dans l’Église. Nous rappelons, entre autres, les messages : de 1972, sur la « place du chrétien dans la construction nationale », de 1983 sur « les ombres et les lumières de l’Église catholique dans notre pays », de 1990 sur « Engagement politique, Non-violence, Fraternité », de l’an 2000 sur « la gestion des biens dans l’Église : éthique et responsabilité » et sur le rôle de la femme dans l’Église et dans la société », de 2003 sur « l’homme partenaire de la femme dans l’Église et dans la société », de 2011 sur « Vocation et mission des laïcs dans la société », de 2012 « vocation et mission des laïcs dans l’Église », de 2013, sur « les antivaleurs », de 2018 sur « Jeunesse Congolaise et Identité Chrétienne ».

9. Aujourd’hui, nous revenons sur cette question, parce que notre responsabilité de guides ne nous laisse pas indifférents face à certains faits et pratiques qui entravent la bonne marche de notre société. Car l’Église, mère et éducatrice, au service de l’homme nous demande d’être de bons pasteurs à l’image du Christ, venu pour servir et non pour être servi (Mc 10, 45). Nous sommes également sensibles à l’appel du Pape François qui nous invite à sentir l’odeur de nos brebis.

10. Nous voudrions vous rappeler que de par sa vocation particulière, le chrétien est appelé à se distinguer par son comportement : au travail, au bureau, en famille, à l’école, dans la rue, au quartier, partout. Quiconque se dit chrétien et ne se comporte pas en conséquence trahit sa foi. Au début du christianisme et tout au long de l’histoire de l’Église, c’est bien le témoignage de vie qui donnait de la force et de la crédibilité au message évangélique que les chrétiens diffusaient (cf. Ac 4, 32-37).

II- LE CHRÉTIEN ET LA SOCIÉTÉ

11. Le chrétien est citoyen du monde, il est aussi citoyen d’un monde nouveau. C’est le Baptême qui fonde cette identité. Ce sacrement l’incorpore au Christ, le fait participant de sa mission. Cependant la vie divine, que le chrétien reçoit du Christ, ne peut se maintenir dans le monde que si elle se nourrit de la Parole de Dieu et des actes de charité.

12. Toute société est constituée de personnes qui ont besoin les unes des autres. Ainsi que le soulignait le Pape Jean Paul II dans son Exhortation Apostolique Christifideles laicï, « il existe, une interdépendance et une réciprocité entre personne et société : tout ce qui se fait en faveur de la personne est au service de la société et tout ce qui se fait pour la société tourne aussi au bien de la personne » (Christifideles laici, n° 40).

13. La question de la société a toujours concerné l’Église ; car elle est liée à la question de l’homme, en quête du bien-être. Et Dieu, qui est venu dans le monde pour nous sauver, n’a pas jugé bon de séparer les chrétiens de la commune histoire partagée et vécue avec les autres humains. Au contraire, il les a invités à construire un monde nouveau fondé sur les valeurs du Royaume : paix, fraternité, amour, unité, et un souci particulier pour les plus pauvres.

14. Comme les autres citoyens, le chrétien apporte sa contribution au bien de la société. Il doit, certes, s’engager dans la vie de l’Église, mais aussi dans celle de la cité : ces deux engagements ne sont pas séparables. Ce qu’un auteur antique disait au sujet des premiers chrétiens reste donc valable : « Ce que l’âme est dans le corps, les chrétiens le sont dans le monde ». (Cf. Épitre à Diognète).

15. Dans le message sus cité de 1972, intitulé « Le chrétien dans la construction nationale », nous affirmions déjà à ce sujet : « Il serait faux de croire que du fait de sa foi, le chrétien est un mauvais citoyen. Au contraire, au nom même de sa foi, il doit s’adonner au travail pour conquérir le plus et le mieux-être pour lui-même et pour ses concitoyens. C’est donc être mal informé que de penser que notre foi en la vie éternelle nous détourne des tâches de la vie présente ».

III- RÔLE ET MISSION DU CHRÉTIEN DANS LE MONDE SELON LES SAINTES ÉCRITURES ET LE MAGISTÈRE DE L’ÉGLISE

16. Parler du chrétien dans les Saintes Écritures, c’est rappeler son rôle et sa mission. Dans le Nouveau Testament, la mission d’annoncer le royaume incombe à tout chrétien. Luc distingue l’envoi des douze (Lc 9,1-6) de l’envoi d’un groupe plus nombreux de disciples (Lc 10, 1-12). Mais qu’ils appartiennent à l’un ou à l’autre groupe, tous sont concernés par l’annonce du Royaume et appelés à vivre selon ses valeurs, en étant « sel de la terre et lumière du monde ». Le sel donne du goût et de la saveur, il conserve et assainit. Le sel est aussi le symbole de l’action discrète, souterraine, mais efficace. Quant à la lumière, elle symbolise l’action du chrétien qui doit être visible, à condition qu’il se laisse illuminer par le Christ, Lumière du monde.

17. Autour de Jésus, hommes et femmes prennent une part active à la mission du Maitre (Luc 8,1-3). Tous n’ont pas le même statut, mais chacun apporte sa pierre à l’édifice. Ainsi, dans les Actes des Apôtres et dans les écrits de Paul, on voit bien que le développement de l’Église n’est pas l’œuvre des seuls Apôtres, Pierre, Paul et les autres, mais aussi d’autres personnes. C’est le cas de Barnabé, de Jean-Marc, Etienne, Philippe, Apollos, Silas, mais aussi de Lydie, de Phoebé (Rm 16,1-2), etc.

18. Par laïc, le Concile Vatican II désigne « tous les fidèles, à l’exception des membres engagés dans un ordre sacré et dans un état religieux reconnu par l’Église », dont le domaine qui leur est propre et les caractérise est le temporel dans sa diversité et dans sa complexité (Lumen Gentium, n. 31). Dans la gestion du temporel qui est leur domaine propre, les laïcs ont pour vocation de chercher le Royaume et de le faire advenir en administrant toutes choses et en les ordonnant selon Dieu. C’est de cette manière qu’ils participent au mieux à la mission salvatrice de l’Église elle-même (cf. Lumen Gentium, n. 33), reçue du Christ.

19. À vrai dire, c’est une tâche exaltante qui est confiée aux fidèles laïcs, celle de « travailler à ce que le plan divin du salut se réalise toujours davantage dans chacun des hommes en tous les temps et par toute la terre » (Lumen Gentium, n. 33). Dans ce sens, leur fonction baptismale royale s’appliquera à intégrer « les œuvres proprement profanes, afin que le monde soit imprégné de l’esprit du Christ et atteigne plus efficacement son but dans la justice, la charité et la paix » (Lumen Gentium, n. 36).

20. C’est dans la même direction que s’exprime le Pape Jean-Paul II dans l’Exhortation Apostolique Christifideles laici  : « Il faut (…) regarder en face ce monde qui est le nôtre, avec ses valeurs et ses problèmes, ses soucis et ses espoirs, ses conquêtes et ses échecs : un monde dont les conditions économiques, sociales, politiques et culturelles présentent des problèmes et des difficultés encore plus graves que celles décrites par le Concile Vatican II dans la Constitution pastorale Gaudium et Spes. De toute manière, c’est là la vigne, c’est là le terrain sur lequel les fidèles laïcs sont appelés à vivre leur mission. Jésus veut pour eux, comme pour tous ses disciples, qu’ils soient le sel de la terre et la lumière du monde (Mt 5,13-14) » (Christifideles laici, n. 3).

21. Le Pape François affirme dans son Exhortation apostolique Evangelii Gaudium que la confession de la foi doit toujours aller avec l’engagement social : « A partir du cœur de l’Évangile, nous reconnaissons la connexion intime entre évangélisation et promotion humaine, qui doit nécessairement s’exprimer et se développer dans toute l’action évangélisatrice. L’acceptation de la première annonce, qui invite à se laisser aimer de Dieu et à l’aimer avec tout l’amour que lui-même nous communique, provoque dans la vie de la personne et dans ses actions une réaction première et fondamentale : désirer, chercher et avoir à cœur le bien des autres » (Evangelii Gaudium, n. 178).

IV-PLACE ET ENGAGEMENT DU CHRÉTIEN DANS LA SOCIÉTÉ

Le chrétien dans son milieu professionnel

22. Dieu a confié le Jardin d’Éden à l’homme pour qu’il le cultive (Gn 2, 15). Ila consacré l’homme au travail, et il en a béni le fruit. Le travail est donc une activité qui est pour le bien de l’homme. Il produit la nourriture et assure à l’homme l’autonomie sociale, financière et économique. Le travail élève le pays et lui assure de la grandeur.

23. Malheureusement, dans notre société, nombreux s’illustrent par des antivaleurs qui compromettent le bon rendement ou le fruit du travail. Il n’est pas rare de voir des personnes, au bureau, à l’école, au marché, dans la gestion des affaires publiques, etc. qui se disent chrétiens, sans vraiment l’être, usant de la fraude pour maximiser leurs gains.

24. Nous tenons à rappeler qu’on ne tire du bon fruit du travail que lorsqu’il est fait avec conscience (cf. Phil 2,14-15). Les chrétiens ont un rôle de leadership à jouer dans le milieu professionnel, où ils doivent imprimer une nouvelle conscience citoyenne au travail.

25. Ils ont à se distinguer, par l’amour du prochain et du travail, leur bonne conscience et leur bonne manière d’être et de faire : « … Vous avez vous–mêmes appris à vous aimer les uns les autres… et à mettre votre honneur à vivre tranquilles, à vous occuper de vos propres affaires et à travailler de vos mains comme nous vous l’avons recommandé, en sorte que vous vous conduisiez honnêtement envers ceux du dehors et que vous n’ayez besoin de personne » (1Th4, 9–12).

26. L’Église compte sur les fidèles, partout où ils se trouvent, pour être sel de la terre et lumière du monde. Le meilleur rendement possible promis par le Seigneur en dépend : « Je vous ai établis afin que vous alliez, et que vous portiez du fruit et que votre fruit demeure, afin que ce que vous demanderez au Père en mon nom, il vous le donne » (Jn 15, 16).

Le chrétien et la politique

27. Aujourd’hui, plus qu’hier, il incombe aux chrétiens de s’engager en politique pour participer à la gestion du pays, car trop de responsables politiques de nos jours n’ont qu’une préoccupation : se servir au lieu de servir leurs frères et sœurs.

28. Nous, vos Évêques, sommes heureux de votre engagement dans nos communautés ecclésiales ; mais nous souhaitons également vous voir vous engager dans les partis et Associations politiques, afin de participer activement à la prise des décisions qui déterminent l’avenir du pays. Nous voulons vous voir aussi au sein d’organisations de la société civile, pour amener nos populations à prendre de saines initiatives.

29. Des conversions et changements seront sans doute utiles pour y parvenir. Comme nous y invite constamment le pape François, nous devons être « une Église en sortie », une « communauté des disciples missionnaires qui prennent l’initiative, qui s’impliquent, qui accompagnent, qui fructifient » (Pape François Evangelii Gaudium, n. 24).

30. Comme disait le Pape Saint Paul VI : « Que chacun s’examine pour voir ce qu’il a déjà fait jusqu’ici et ce qu’il devrait faire. Il ne suffit pas de rappeler des principes, d’affirmer des intentions, de souligner des injustices criantes et de proférer des dénonciations prophétiques : ces paroles n’auront de poids réel que si elles s’accompagnent pour chacun d’une prise de conscience plus vive de sa propre responsabilité et d’une action effective » (Paul VI,Octogesima Adveniens, n.48).

Le chrétien acteur du développement économique

31. Au fil des siècles, l’Église est devenue « experte en humanité » (Paul VI). Cela signifie que l’expérience accumulée par la sagesse des chrétiens peut éclairer, aujourd’hui comme hier, la vie en société. L’Église a donc une parole à dire sur tout ce qui touche à la société : le travail, l’économie, l’organisation politique, la famille, les syndicats, la protection de l’environnement, etc.

32. Il est temps que le chrétien congolais sorte de son rôle de spectateur pour devenir acteur du développement. Quelques exemples sont déjà là de chrétiens qui prennent une part active au développement de notre pays. Le Forum des Jeunes entreprises et ses services connexes tel que la CAPPED (micro finances) sont des acteurs dans le développement socio-économique, parce que d’eux ont émergé de nombreux opérateurs économiques, des formateurs et accompagnateurs, des gestionnaires de projets, des leaders chrétiens qui se sont illustrés dans la création d’activités génératrices de revenus (AGR).

33. C’est aussi le cas des Fraternités Féminines Catholiques du Congo qui ont mis en place une micro finance à Brazzaville et qui est un exemple d’engagement pour la promotion de la femme. Nous souhaitons que de plus en plus de chrétiens fassent leurs preuves dans ce domaine.

Le chrétien, promoteur et protecteur de l’environnement

34. Dans la course aux richesses et au confort à grande vitesse et à tout prix, les pays riches et les pays émergents détruisent grandement l’environnement. Mais nous aussi, nous sommes des complices qui oublions que nous nous mettons nous-mêmes en danger par toutes sortes de comportements irresponsables.

35. Dieu nous a confié et soumis sa création : « Remplissez la terre et soumettez la ; dominez sur les poissons de la mer, les oiseaux du ciel et tous les animaux qui rampent sur la terre » (Gn 1, 28). Mais nous n’en sommes pas les propriétaires, nous n’avons donc pas le droit de la détruire.

36. Il est donc grand temps que chacun et tous nous revoyons de fond en comble, notre relation à la création. Comme le rappelait le Pape Benoît XVI : « L’Église a une responsabilité envers la création et doit la faire valoir publiquement aussi. Ce faisant, elle doit préserver non seulement la terre, l’eau et l’air comme dons de la création appartenant à tous, elle doit aussi protéger l’homme de sa propre destruction » (Benoît XVI, Caritas in veritate, n. 51).

37. S’appuyant sur Saint François d’Assise, le Pape François nous invite à plus d’engagement pour préserver la terre : « Notre maison commune est aussi (…) une sœur, avec laquelle nous partageons l’existence, et comme une mère, belle, qui nous accueille à bras ouverts… » (Pape François, Laudato Si, n. 1).

38. Filles et fils bien-aimés, la protection de l’environnement demande clairement le changement de notre style de vie et nous impose des comportements nouveaux, qui nécessitent des décisions courageuses. Le Pape parle d’une nécessaire « conversion écologique » pour apprendre à faire un usage responsable des choses que Dieu a mises à notre disposition, pour sauver notre « maison commune ».

39. Le constat fait au cours de cette plénière en écoutant les différents experts sur cette question est que nous ne nous engageons pas assez ou que nous n’avons pas encore commencé à nous engager dans la lutte pour la protection de notre environnement ; et cela est grave devant Dieu et devant notre propre avenir, nous dit le Pape François (Laudato Si, 5).

VI- EXHORTATIONS ET APPELS

40. Chères filles et chers fils, au terme de ce message, nous vous lançons ces appels, pour vous inviter à la responsabilité de votre identité chrétienne, chacun selon son domaine et sa mission.

Aux Prêtres

41. Le message évangélique est celui de l’amour, la paix et l’unité. Le Christ qui nous a apporté la paix qui vient de Dieu, l’a annoncée et nous l’a laissée : « je vous laisse la paix, je vous donne ma paix » (Jn 14, 27). Son message qui est essentiellement appel à la conversion, à la réconciliation, à l’amour et à la paix s’adresse à tous. C’est ce message que vous devriez accueillir chaque jour, le méditer, vous l’approprier et l’annoncer aux autres. Votre mission à la suite du Christ consiste à proclamer la Bonne Nouvelle comme il l’a fait lui-même. Aussi, êtes-vous appelés à être vous-mêmes des artisans de paix et à rechercher l’harmonie autour de vous. Le dialogue, en effet, est la clef qui favorise la cohésion sociale. Soyez des modèles du troupeau qui vous est confié.

42. Chers Prêtres, aidez et formez les fidèles à comprendre que chacun a droit à la reconnaissance et au respect de sa dignité. Pour cela, il vous faut vous-mêmes bannir de votre vie les comportements qui blessent l’Église et la société. Nous, vos Évêques, avons pris des directives sévères pour faire face aux cas avérés de déviance et de scandale. Comme nous a dit en substance le Nonce Apostolique à l’ouverture de notre session, rien ne sert de demander au peuple de Dieu d’être « sel de la terre et lumière du monde », si nous pasteurs, sommes dans les ténèbres de la division, du tribalisme, de l’occultisme, de la course effrénée à l’argent, bref dans les voies obscures qui trahissent notre foi au Christ. Rien ne sert de demander au peuple d’être sel de la terre, si nous-mêmes nous sommes fades et tièdes. Pour toutes ses défaillances et contre témoignages, nous demandons pardon au peuple de Dieu.

43. Chers Prêtres, travaillez donc avec abnégation et courage pour aider à la construction d’un monde nouveau où la dignité de la personne humaine anime vos paroles et vos actes. Aidez les fidèles à ne pas perdre l’espérance et priez sans cesse pour la paix dans notre pays. Merci à tous ceux d’entre vous, qui prennent leur part de souffrance dans l’annonce de l’Évangile du Christ, par leurs paroles et par leur vie (2Tim 2,3).

Aux Personnes consacrées

44. « Par les vœux de chasteté, de pauvreté et d’obéissance, la vie des personnes consacrées est devenue un témoignage prophétique » (Pape Benoît XVI, Exhortation apostolique Africae Munus n. 117). La vie consacrée dans notre pays resplendit aussi par les œuvres qu’elle anime et entretient. Il vous faut donc un vrai témoignage de vie qui soit une bonne édification pour tous ceux et toutes celles qui travaillent avec vous. Ainsi votre vie sera une véritable annonce prophétique du Royaume.

Aux Familles

45. Familles chrétiennes congolaises, vous êtes le point d’appui de la restauration et de la renaissance du Congo. Notre pays survivra par l’éducation et la formation de ses citoyens, en commençant dans la cellule familiale. Famille chrétienne, sois sel et lumière.

Aux Gouvernants

46. À vous qui avez reçu la mission de diriger le pays, n’oubliez pas que vos charges ne sont pas des privilèges mais des services (cf. Mc10, 42-45). Vous êtes appelés à faire preuve de compétence et d’expertise pour rendre au peuple, souverain primaire, les services qu’il attend de vous. Faites preuve en tout temps, d’une bonne gestion dans l’humilité, la modestie et la transparence. Le Congo est un don de Dieu au peuple tout entier. Renoncez au mal. Changez vos cœurs et agissez avec Dieu, pour la bonne gouvernance et pour la justice. Préoccupez-vous du droit des gens... » (Is 1, 17). « Ne refuse pas un bienfait à celui qui y a droit, quand tu as le pouvoir de l’accorder » (Pr 3,27).

47. Nous encourageons les personnes qui prennent des initiatives pour la bonne gouvernance, la transparence et la bonne gestion. Qu’elles soient bénies ! Et avec l’Apôtre Paul nous leur disons : « Ne nous lassons pas de faire le bien ; car, le moment venu, nous récolterons si nous ne perdons pas courage » (Gal 6, 9). Le Congo prospère que nous appelons de tous nos vœux est encore possible, si chacun revient de ses mauvaises voies et si tous, nous œuvrons pour le bien-être de tout le peuple.

48. C’est dans ce contexte que nous saluons le fait que le Gouvernement de la République s’est enfin convaincu de la nécessité du dialogue entre toutes les filles et tous les fils du Congo. Nous lançons un vibrant appel à sortir des « sentiers battus » et de la « langue de bois » qui ne peuvent qu’« accoucher d’une souris ». Le Congo doit avoir le courage de faire face à son histoire et à ses défis. C’est à ce prix seulement que le salut de notre nation sera possible.

Aux Forces de l’ordre

49. À vous, agents de l’ordre, Nous, Évêques du Congo, vous adressons ce message : votre travail est noble. Vous êtes appelés à l’anoblir encore plus par la réalité de vos actes. Notre constitution vous reconnait le rôle régalien de défendre les institutions et les citoyens. La République attend de vous d’assurer et de maintenir la paix en tout temps et en tout lieu. La population congolaise compte sur vous pour assurer sa sécurité et celle de ses biens.

50. Hélas ! Certains agents de la force publique déshonorent l’uniforme. Alors que par le passé c’était un délit passible de sanctions, de nos jours des agents des forces de l’ordre sont rencontrés en tenue dans les débits de boissons hors-mission, assis et buvant, parfois avec leurs armes.

51. Nous appelons au ressaisissement ceux qui ternissent l’image des forces de l’ordre. « Ne vous conformez pas au siècle présent. Soyez transformés par le renouvellement de votre intelligence… » (Rm 12, 2). Nous vous demandons de changer, de ne plus brader votre identité par des actes inciviques et toutes sortes d’antivaleurs. Nous vous exhortons, par le nom de Jésus, à la repentance. « Ne commettez ni extorsion ni fraude envers personne, et contentez-vous de votre solde ». (Lc 3, 14). Le pays n’oubliera pas vos services rendus de façon loyale pour le bien de tout le peuple. Et, Dieu qui n’oublie jamais un bienfait, vous le revaudra (cf. Lc 6, 35).

Aux enfants et aux jeunes

52. Chers jeunes et vous enfants, il vous est certes difficile de vivre dans notre société où tout va vite, mais pas toujours dans la bonne direction. Cependant, Dieu a mis en vous ce qu’il faut pour changer cette société, pour la rendre plus juste et plus fraternelle.

53. Si parfois vous avez l’impression de n’avoir pas votre mot à dire, de n’avoir aucun rôle à jouer dans la société, impression qui vous est donnée en grande partie par les adultes, si vous pensez être encore trop jeunes, inexpérimentés pour accomplir votre mission dans la société, nous, vos Évêques, voulons vous réaffirmer que votre place et votre rôle dans notre société sont irremplaçables. « Debout ! Réveille-toi, Jeunesse ! Sois responsable de ce monde qui t’entoure ! », dit un chant catholique de la jeunesse.

54. Dieu a toujours eu un regard particulier sur les jeunes et les enfants. Le Pape François dans Christus Vivit, n.6-7, nous le rappelle : « … Nous voyons que Joseph était presque le plus jeune de la famille (cf. Gn 37,2-3). Toutefois, Dieu lui communiquait de grandes choses en rêve et il a dépassé tous ses frères dans les tâches importantes, lorsqu’il avait environ vingt ans (cf. Gn 37-47). En Gédéon, nous reconnaissons la sincérité des jeunes, qui n’ont pas l’habitude d’édulcorer la réalité. Quand on lui a annoncé que le Seigneur était avec lui, il a répondu : « Si Yahvé est avec nous, d’où vient tout ce qui nous arrive ? » (Jg 6, 13). Mais Dieu ne s’est pas senti offensé par ce reproche et a doublé la mise pour lui : « Va, avec la force qui t’anime, et tu sauveras Israël » (Jg 6, 14).

55. Comme Joseph et Gédéon, vous vous posez certainement les mêmes questions. Dans notre dernier message ‘‘ Jeunesse Congolaise et identité Chrétienne ’’ du 02 décembre 2018, nous vous appelions déjà à cette réponse de Dieu à Jérémie : « Ne dis pas : Je suis un enfant. Tu iras vers tous ceux à qui je t’enverrai » (Jr 1, 7).

56. Chers jeunes, chers enfants, Jésus est « jeune parmi les jeunes afin d’être un exemple pour les jeunes et les consacrer au Seigneur », écrivait Saint Irénée (Contre les hérésies, II, 22). Le Christ vous appelle à réaliser votre vocation humaine et chrétienne, à répondre aux besoins criants de notre société qui compte sur vos dons et vos talents (Mt 25, 31-46, le jugement dernier). Combattez énergiquement les antivaleurs qui minent notre société, bâtissez un monde meilleur. Comme le souligne le pape François, « Vous êtes l’aujourd’hui de Dieu (…) la jeunesse, ce n’est pas seulement la recherche de plaisirs passagers et de succès superficiels ».

57. Soyez des jeunes engagés. Nous vous invitons à être toujours disponibles pour des initiatives de volontariat, de citoyenneté active et de solidarité sociale, à accompagner les personnes âgées et malades, à aider les personnes dans le besoin, à participer à des programmes sociaux visant à améliorer les conditions de vie des plus démunis, des marginalisés, des orphelins, des veuves….Attachez-vous à Jésus, connectez-vous à lui, comme vous dit le Pape François : « De même que tu fais attention à ne pas perdre la connexion Internet, fais attention à ce que ta connexion avec le Seigneur reste active ; et cela signifie ne pas couper le dialogue, l’écouter, lui raconter tes affaires et, quand tu ne sais pas clairement ce que tu dois faire, lui demander : Jésus, qu’est-ce que tu ferais à ma place ? » (Pape François, Rencontre avec les jeunes dans le Sanctuaire National de Maipú, Santiago du Chili du 17 janvier 2018).

Au Personnel de la santé

58. Chers filles et fils évoluant dans le monde de la santé, nous voulons saluer ici vos efforts dans ce domaine précieux et exalter la grandeur de votre métier. Le monde de la santé est le lieu par excellence de la charité témoignée et vécue, car en recevant et en soignant les malades, vous accomplissez votre mission voulue par Dieu et dont le Christ lui-même a témoigné durant sa vie terrestre par l’accueil et la guérison des malades.

59. En dépit de vos difficultés que tout le monde connait et malgré l’ingratitude dont vous êtes parfois victimes suite à vos multiples sacrifices, nous vous invitons à plus d’ardeur, d’engagement et d’abnégation. Soyez patients avec les malades, accueillez-les sans distinction aucune, offrez vos services et apportez votre assistance à tous ceux qui sollicitent votre aide et vos soins. Dieu vous le revaudra.

60. Nous vous invitons à combattre les antivaleurs en cours dans votre milieu : vol de médicaments, ordonnances multiples et fantaisistes, abandon des malades, insolence et injures, cupidité, négligences coupables, irresponsabilité à l’égard d’autrui, etc. Soyez humains et charitables, respectez le « serment d’Hippocrate ». Notre souhait, notre prière : que nos hôpitaux et centres de santé redeviennent des hauts-lieux de charité et du respect de la dignité de la personne humaine.

Aux femmes et aux hommes de bonne volonté

61. À vous, hommes et femmes de bonne volonté, cet appel des Évêques pour le bien-être social de notre pays vous concerne aussi. Nous vous exhortons à vivre votre vie de citoyens dans la générosité, la loyauté et le service bien fait envers le prochain et la nation congolaise. Quelle que soit votre obédience religieuse ou politique, soyez des citoyens de qualité ; aimez votre et notre cher beau pays le Congo, qui mérite un soin particulier de la part de tous. Combattez les antivaleurs qui éloignent notre pays de son idéal « Unité, Travail, Progrès ». En toutes choses, mettez le Congo au-dessus des intérêts personnels et égoïstes. Que chacun soit responsable et participe activement à la construction et au développement de notre nation. Dieu saura récompenser vos efforts.

CONCLUSION

62. Chers filles et fils bien-aimés, au terme de ce message, nous rendons grâce à Dieu pour le don de la foi, ce trésor précieux « que nous portons comme dans des vases d’argile » (2Co 4, 7) et pour le don de la création, pour les innombrables richesses naturelles de notre terre du Congo. Nous félicitons ceux et celles qui s’efforcent de vivre chaque jour l’Évangile, quitte à ramer à contre-courant.

63. Nous encourageons tous les autres à faire de même, car la foi, notre foi, a besoin d’être soutenue par des gestes concrets, comme nous demande Jésus dans l’évangile (Mt7, 21). Que Marie, Mère des chrétiens et Reine du Congo, intercède pour nous, afin que nous soyons toujours et partout « sel de la terre et lumière du monde », pour un Congo meilleur et prospère où la vie est plus belle pour toutes et pour tous !

 

Les Évêques du Congo

 


 
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